Histoire

Guerre d’Espagne
Plouhinec, centre d’accueil finistérien des réfugiés

Le 17 juillet 1936, des militaires espagnols réalisent un coup d’État pour essayer de renverser la Seconde République espagnole, proclamée en 1931. Ce coup d’État échoue mais se transforme rapidement en une véritable guerre. Les rebelles, dirigés par le général FRANCO, reçoivent immédiatement l’aide de l’Allemagne d’HITLER, de l’Italie de MUSSOLINI et du Portugal de SALAZAR. Les Républicains reçoivent celle de l’URSS, celle des brigades internationales et celle du Mexique. Durant tout le conflit, la France et la Grande-Bretagne, quant à elles, adoptent une politique de non-intervention. La guerre se termine le 1er avril 1939 par la victoire des Franquistes. Une dictature s’installe alors pour longtemps en Espagne, elle va durer jusqu’à la mort de FRANCO en novembre 1975.

Cette guerre provoque l’exil de très nombreux Espagnols en deux vagues. La première commence peu après les bombardements de la ville de Guernica (26 avril 1937) ; elle va faire arriver en France, en 6 mois, entre 120 000 et 140 000 réfugiés. La seconde vague, qui se produit en février 1939, est connue dans l’Histoire espagnole sous le nom de Retirada (Retraite). Entre 450 000 et 500 000 espagnols entrent en France en une quinzaine de jours. Bien que géographiquement éloigné de l’Espagne, le Finistère va être une terre d’asile ou d’exil pour nombre de ces réfugiés espagnols. En 1937, arrivent de l’ordre de 2 200 civils et 500 combattants. En 1939, ce sont 3 700 réfugiés, très majoritairement des civils, qui arrivent en une semaine, entre le 1er et le 8 février. Dans cet exil finistérien, Plouhinec joue un rôle exceptionnel en étant le centre finistérien regroupant le nombre le plus élevé de réfugiés.

Plouhinec et les réfugiés espagnols de 1937

Le tout premier convoi de réfugiés arrive dans le Finistère le samedi 8 mai 1937. Un train venant de La Pallice fait débarquer à Quimper 443 enfants âgés de 6 à 13 ans et la vingtaine d’adultes qui les accompagnent. Ils sont acheminés en car le jour même jusqu’à Poulgoazec. Ce premier convoi, à l’inverse de ceux qui suivront, n’est en rien organisé par l’État. C’est la CGT qui a contacté M. BEAU, Directeur depuis quatre ans de la « Colonie de vacances de Poulgoazec » ; c’est elle qui a financé le voyage et qui s’est engagée à assurer le financement du séjour. En réalité, avant même l’arrivée de ces réfugiés à Plouhinec, cette affaire a déjà provoqué un échange aigre-doux de correspondance entre le Maire, Yves GUILLOU, qui n’a pas été officiellement prévenu auparavant, et le Préfet. La réponse du préfet sera immédiate et cinglante : « Suis extrêmement surpris de votre inadmissible télégramme. Vous auriez pu vous renseigner avant de l’envoyer. Je vous invite à vous abstenir à l’avenir de semblables manifestations. »

Traumatisés par la séparation d’avec leurs parents, très perturbés aussi par les situations très difficiles qu’ils ont connues avant de quitter leur pays, ces jeunes arrivent dans un état de dénuement matériel qui suscite très rapidement de nombreuses initiatives : collectes de vêtements, quêtes, organisation de diverses manifestations festives dans le but de récupérer de l’argent. Dès le 11 mai, un appel à la solidarité est lancé dans les journaux locaux. La population locale, les partis politiques, en particulier ceux qui sont proches du Front populaire, diverses organisations syndicales et associations caritatives se mobilisent très vite. En dépit du succès de toutes ces opérations, ces enfants vont, en réalité, ne pas rester très longtemps à Poulgoazec car, compte tenu des conditions de vie assez difficiles, la CGT prend vite la décision de les transférer pour partie en Belgique, pour partie en région parisienne. Fin mai, la colonie de Poulgoazec est donc totalement vide, mais elle ne va pas le rester bien longtemps car, entre le 3 juin et le 19 août, 12 convois vont arriver dans le Finistère amenant de l’ordre de 1 700 réfugiés, très majoritairement des civils. Pour tous ces nouveaux réfugiés, les conditions d’accueil sont très différentes de celles du premier groupe.

C’est la France cette fois, et donc le Préfet à l’échelle finistérienne, qui pilote les opérations et en assure le financement. Sur les 793 espagnols qui arrivent dans le département le 3 juin, 380 sont transférés le jourmême à Plouhinec qui restera durant l’été et l’automne 1937 le plus grand centre d’accueil finistérien. À Poulgoazec, les conditions de vie sont malgré tout difficiles car le nombre élevé de réfugiés se traduit par une promiscuité certaine. Le 21 juin vont s’y dérouler des incidents sérieux. Dans un courrier officiel daté du 22 juin, le préfet analyse la situation ainsi : « Je me suis au cours de mes inspections à la colonie rendu compte que la population y était trop nombreuse et j’ai décidé de ramener, pour le 1er juillet, entre 120 et 150, sauf circonstances exceptionnelles, le nombre de réfugiés, qui est actuellement de 375 : ainsi disparaitront les inconvénients signalés concernant l’hygiène (eau, cabinets, lavabos, …) ». Dans son numéro du 26 juin, Le Progrès du Finistère, quant à lui, publie un article intitulé « Poulgoazec. Après les incidents espagnols » qui se termine par un vif hommage à la population de Plouhinec « dont la générosité à l’égard des réfugiés espagnols a su prendre les formes les plus ingénieuses et les plus délicates(…) . » Mais, après quelques semaines ou quelques mois passés en France, ces réfugiés de la première vague vont pratiquement tous devoir rentrer en Espagne durant l’automne 1937, le nouveau gouvernement français exigeant, pour qu’un réfugié puisse rester dans notre pays, qu’il paye ses frais d’hébergement ou trouve quelqu’un qui accepte de les payer pour lui. La lecture de divers documents officiels trouvés aux Archives départementales du Finistère semble indiquer que le centre de  Poulgoazec se vide de ses derniers réfugiés le mardi 26 octobre. Quelques Espagnols, capables d’assumer leurs frais d’hébergement ou pris en charge par d’autres, vont cependant rester à Plouhinec.

Plouhinec et les réfugiés espagnols de 1939

En février 1939, la Retirada va provoquer l’arrivée dans le Finistère de près de 3 700 réfugiés (environ 1 700 femmes, 1 700 enfants et 300 hommes, soit trop âgés pour avoir fait la guerre, soit blessés). Comme en 1937, Poulgoazec va être le principal centre d’accueil du département et ce, dès l’arrivée du premier convoi, le 1er février. Ce jour-là, 7 cars venant de Quimper y font arriver 350 Espagnols, femmes et enfants exclusivement. Durant les jours et les semaines qui suivent, Poulgoazec va être le siège de transferts incessants, avec des nouvelles arrivées et des départs. À partir de fin mars 1939, certains de ces départs correspondent à des retours en Espagne où la guerre se termine le 1er avril. Mais malgré les incitations au retour dont ils font l’objet, les Espagnols de la Retirada réfugiés dans le Finistère décident majoritairement d’y rester. Au 14 août, seulement un peu plus du tiers d’entre eux est retourné au pays. Ensuite, avec la Seconde Guerre mondiale qui éclate début septembre, le préfet du Finistère a des préoccupations bien plus importantes que de recenser les réfugiés espagnols présents dans le département et les données numériques sont très rares. Le dernier rapport officiel trouvé aux Archives départementales du Finistère, établi fin novembre 1939, mentionne à Poulgoazec la présence de l’ordre de 250 réfugiés (157 enfants, 85 femmes et 12 hommes).

Contact : Contact : Association MERE-29 « Mémoire de l’Exil Républicain Espagnol dans le Finistère ». Jean SALA-PALA, Vice-président 02 98 07 51 74 // salapala@free.fr